Mis à jour le 13/10/2026
Confier à une agence immobilière le versement du loyer au propriétaire ne vous garantit aucun délai légal de reversement. L’agence encaisse le loyer, retient ses honoraires et vous vire le solde à la date que prévoit le mandat. Le seul plancher, posé par un décret de 1972, porte sur les comptes : l’agence doit vous rendre compte de ses encaissements et versements au moins une fois par an. Ce plancher vise le relevé, pas le virement. Tout le reste se négocie avant la signature, et c’est là que se joue la régularité de vos revenus.
Agence immobilière et versement du loyer au propriétaire : le circuit
Le paiement du loyer à l’agence immobilière suit un circuit simple. Le locataire règle son loyer et ses charges à l’agence, qui agit comme votre mandataire. Après déduction des sommes prévues au mandat, le solde vous est reversé par virement.
Le locataire paie à la date prévue par le bail, simplement à l’agence plutôt qu’à vous. Pour vous, la différence tient dans le décalage entre l’encaissement et le virement.
Encaissement et quittance
L’agence encaisse en votre nom et répond à votre place aux demandes du locataire. La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 impose au bailleur ou à son mandataire de transmettre gratuitement une quittance au locataire qui la demande (article 21).
Déductions et compte-rendu de gérance
Avant de vous verser quoi que ce soit, l’agence retire ses honoraires de gestion, les charges qu’elle règle pour vous et les dépenses engagées, une petite réparation par exemple. Le compte-rendu de gérance détaille ces lignes face aux loyers encaissés. Ce relevé constitue la reddition des comptes ; sa forme et sa fréquence sont celles que fixe le mandat.

Délai de versement : ce que dit la loi, ce que fixe le mandat
Le versement du loyer par l’agence n’obéit à aucun calendrier légal. Les délais de 2 à 30 jours que l’on lit ici ou là décrivent des pratiques d’agences, sans valeur de règle.
Aucun délai légal, une reddition au moins annuelle
La loi Hoguet, n° 70-9 du 2 janvier 1970, renvoie au mandat le soin de fixer « les modalités de la reddition de compte » (article 6). Le décret n° 72-678 du 20 juillet 1972 ajoute un seul plancher : la reddition « doit intervenir au moins tous les ans » (article 66). Entre les deux, tout dépend du contrat que vous signez.
Ce que le mandat doit écrire
Un mandat de gestion solide précise trois choses que vous pourrez opposer à l’agence :
- la date de paiement du loyer par l’agence, soit le jour du mois où elle vous fait le virement ;
- la périodicité des comptes, mensuelle ou trimestrielle ;
- sur quel compte et par quel moyen les fonds vous parviennent.
Prenons un propriétaire dont l’échéance de prêt tombe le 5 du mois. Sans date au mandat, si l’agence reverse le 15, il avance chaque mois sa mensualité sur ses propres fonds. Avec une date écrite au mandat, il cale son prêt sur un virement connu.
Je préfère un mandat qui écrit une date chiffrée à une formule « dans les meilleurs délais ». Signer un mandat sans date de reversement, c’est se priver de la preuve la plus simple : le retard de l’agence devient alors difficile à établir.
Combien coûte la gestion des loyers par une agence
La gestion se paie en pourcentage de ce que l’agence encaisse, et la mise en location se facture à part.
Les honoraires de gestion et ce qu’ils couvrent
Une agence traditionnelle facture en général de 6 à 10 % TTC des sommes encaissées, loyer et provisions de charges compris. C’est la fourchette de brik.com (mise à jour du 19/09/2026) et de Beanstock (publié le 16/02/2026). Selon brik.com, ce pourcentage couvre le quittancement, l’indexation annuelle du loyer et la régularisation des charges ; le mandat en donne la liste précise. Les agences en ligne affichent des taux plus bas : comparez alors ce que couvre leur mandat.
La mise en location a son propre barème. La part payée par le locataire est plafonnée : 12,10 €/m² TTC en zone très tendue, 10,09 € en zone tendue et 8,07 € ailleurs. L’état des lieux d’entrée s’y ajoute, plafonné à 3,03 €/m². Ces montants ont été revalorisés selon l’indice de référence des loyers (IRL) par l’arrêté du 17 juillet 2025, pour les baux signés depuis le 1er janvier 2026. La part du bailleur est au moins égale, comme le rappelle la fiche des frais d’agence de Service-public.
En location vide, des honoraires déductibles au régime réel
Si vous déclarez vos revenus fonciers au régime réel, les honoraires de gestion et les commissions de mise en location se déduisent pour leur montant réel. La recherche du locataire et la rédaction du bail entrent dans ces commissions, selon le Bulletin officiel des finances publiques.
💶 Aspect fiscal :
Le micro-foncier s’applique de plein droit sous 15 000 € de loyers annuels hors charges. Son abattement de 30 % remplace toute déduction : vos honoraires de gestion ne réduisent donc pas votre revenu imposable. La location meublée relève d’un autre régime, que cet article ne traite pas.
Quand le locataire ne paie pas : ce que l’agence vous reverse
Sans garantie loyers impayés, l’agence ne vous reverse rien quand le locataire ne paie pas : elle ne peut virer que ce qu’elle encaisse. Elle relance le locataire puis engage, si le mandat le prévoit, la procédure d’impayé pas à pas.
Signifié par commissaire de justice, un commandement de payer laisse au locataire 6 semaines avant que la clause résolutoire joue, pour un bail conclu ou renouvelé depuis le 29/07/2023. Un bail antérieur, non renouvelé, garde le délai du commandement de payer de sa clause (Cour de cassation, avis du 13/06/2024).
Avec une garantie loyers impayés, l’assureur prend en charge les loyers que le locataire ne paie pas, dans les limites du contrat. Elle coûte de 2 à 5 % du loyer annuel charges comprises, selon investissement-locatif.com (24/06/2026) et France Épargne (25/05/2026). Prise par l’agence dans un contrat de groupe, elle descend à 1,5 à 3 % selon France Épargne et Hagnéré Patrimoine (03/06/2026). L’assureur peut toutefois refuser le dossier d’un locataire, et le bail reste alors sans garantie.
Vérifier l’agence avant de lui confier vos loyers
Trois obligations légales encadrent toute agence qui manie des fonds de clients. Deux d’entre elles se vérifient sur ses documents : le numéro de sa carte professionnelle et le nom de son garant y figurent (décret de 1972, article 92).

Carte professionnelle, garantie financière, assurance
Une agence qui gère vos loyers doit détenir une carte professionnelle délivrée par le président de la chambre de commerce et d’industrie. Elle doit aussi justifier d’une garantie financière d’au moins 110 000 € et d’une assurance de responsabilité civile professionnelle d’au moins 75 000 € par an. Ces seuils figurent dans le décret du 20 juillet 1972 et l’arrêté du 1er septembre 1972.
Pendant ses deux premières années d’exercice, une agence peut se contenter d’une garantie de 30 000 €. L’exception ne vaut pas pour une société dont un dirigeant a déjà exercé sous la loi Hoguet. Ces montants sont des minimums légaux, pas des gages de qualité.
Les questions à poser avant de signer le mandat
Avant de signer, posez ces questions et demandez que les réponses figurent au mandat :
- À quelle date du mois le loyer encaissé me sera-t-il viré ?
- Quels frais s’ajoutent aux honoraires de gestion, et à quel tarif ?
- Que faites-vous dès le premier jour d’impayé ?
- Quelles sont les conditions de résiliation du mandat ?
Gestion par une agence : avantages et limites
Déléguer vous libère des relances, des quittances et des urgences du locataire. Pour un propriétaire bailleur qui vit loin de son bien ou possède plusieurs logements, la délégation vaut son coût : le temps gagné et la régularité des comptes compensent les honoraires.
Pour un seul bien situé près de chez vous, la gestion directe se défend. Les honoraires économisés, 6 à 10 % des sommes encaissées, peuvent financer un logiciel de gestion locative, qui édite quittances et révisions de loyer. Il faut alors accepter d’être joignable. Une fuite d’eau n’attend pas les heures de bureau.
Cet article ne traite pas la location saisonnière gérée par une conciergerie, dont le contrat obéit à d’autres usages.
Votre agence immobilière tarde à reverser le loyer : vos recours
Quand votre agence immobilière ne verse pas les loyers alors que le locataire, lui, a bien payé, le litige porte sur le respect du mandat. Vos recours montent alors par paliers.
Relance écrite puis mise en demeure
Commencez par une relance écrite qui rappelle la date de virement prévue au mandat. Sans réponse, adressez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle fixe un délai précis et vous servira de preuve pour la suite.
Médiateur, DDPP et garant financier
Depuis le 1er janvier 2016, toute agence, comme tout professionnel, doit proposer un médiateur de la consommation (article L.612-1 du code de la consommation). Vous pouvez aussi signaler le litige à la direction départementale de la protection des populations (DDPP).
Le garant financier ne se déclenche pas sur un simple retard. Il paie sur deux justifications : la créance doit être certaine, liquide et exigible, c’est-à-dire établie, chiffrée et échue, et l’agence doit être défaillante. Une sommation de payer délivrée par un commissaire de justice et restée sans effet pendant un mois suffit à établir cette défaillance (décret de 1972, article 39).
Si le litige s’enlise, consultez l’agence départementale d’information sur le logement (ADIL) ou un avocat.
Choisir une agence immobilière pour le versement du loyer au propriétaire, c’est d’abord choisir un mandat bien écrit. Exigez-y une date de virement chiffrée et une reddition des comptes mensuelle : votre mise en demeure s’appuiera alors sur une date que l’agence a signée.



